Faïencerie de Lunéville-Saint-Clément

Historique

L’origine de la manufacture peut être retracée à 1711, année où (Jean-)Jacques Chambrette père (1683-1751), Maître faïencier venant de Dijon, crée pour le compte du Comte de Fontenoy une première faïencerie en Lorraine à Champigneulles2. En 1722, l’histoire de la faïence débute à Lunéville lorsque son fils, Jacques Chambrette (1705-1758), s’y établit comme marchand de faïence. Dès 1723, il devient fournisseur de la Cour. Ce n’est qu’en 1730, que Jacques Chambrette fils y ouvre sa première manufacture de faïence. Il n’obtiendra cependant ses lettres patentes officielles que le 10 avril 1731 par le Duc François III lui permettant de tirer terres et bois où bon lui semble, puis le 14 juin 1731 par Élisabeth-Charlotte d’Orléans, des exemptions de charges et d’impôts.

Parallèlement, en 1739, Jacques Chambrette s’associe avec un certain Daix pour reprendre la verrerie de Portieux.

Après avoir mis au point d’une part en 1748 la Terre de Pipe (avec de la craie ou des marnes calcaires, cuisant blanc), composition secrète qui sera transmise par un de ses petits-fils à la Faïencerie de Niderviller puis la Terre de Lorraine (avec du phosphate de chaux), terres donnant une faïence fine et blanche qui permettaient l’obtention de détails délicats, technique venant d’Angleterre pour imiter la porcelaine, raison pour laquelle on l’appelle parfois “porcelaine opaque”, ainsi que d’autre part des décors plus fins et polychromes grâce à la cuisson dans un four mouflé dite “Réverbère” (petit feu) invention allemande de Meissen, Jacques Chambrette fait constater le raffinement de ses nouvelles productions à Voltaire, à son amie Émilie du Châtelet et au Roi Stanislas Leszczy?ski, ce dernier lui accordant alors de nouvelles lettres patentes le 13 décembre 1749, avec droit de tirer sa terre de tous les endroits non enclos de Lorraine, et par la suite l’autorisation à la distinction de Manufacture Royale1. Ce développement permit d’accroître les exportations vers l’Allemagne, la Pologne, l’Italie et même les colonies. En 1753, on compte déjà environ 200 ouvriers y travaillant.

Cependant, pour échapper aux lourdes taxes grevant les exportations vers la France (en provenance du Duché de Lorraine), Jacques Chambrette crée une seconde manufacture à Saint-Clément après requête au roi Louis XV en 1756 (autorisation officielle obtenue le 3 janvier 1758)1, ce village se trouvant sur les terres des Trois-Évêchés.

À la mort de Jacques Chambrette, son fils Gabriel (1732-1788) et son gendre, Charles Loyal, reprennent les deux manufactures de Lunéville & Saint-Clément. Cependant, cette alliance sera de courte durée et dès 1763, Charles Loyal rachète celle de Saint-Clément avec Richard Mique et Paul-Louis Cyfflé, tandis que Gabriel Chambrette conserve celle de Lunéville.

Deux manufactures royales

Au milieu du XVIIIe siècle, la manufacture de Lunéville produit la faïence de la cour de Lunéville. Les manufactures seront séparées pendant plus d’un siècle.

La manufacture de Saint-Clément

Richard Mique va ensuite développer un style « Louis XVI » en fournissant notamment 2000 pots à la reine pour décorer le Petit Trianon en 1785, avant d’être guillotiné en 1794 avec son fils. Il réalise également des statuettes de style néo-classique. Paul-Louis Cyfflé lui vendit une partie de ses moules à la suite de sa déconfiture vers 1780. En 1806, Madame Mique reçoit pour ses faïences “terre de pipe” une mention honorable à l’exposition des produits industriels. À partir de 1816, la faïencerie passe progressivement dans le patrimoine de la famille Thomas, qui perpétuera la tradition de faïencerie artistique pendant tout le XIXe siècle. Elle récoltera ainsi une médaille d’or à l’Exposition des produits de l’industrie française en 1844. Elle participe ensuite à l’Exposition universelle de 1855 à Paris, puis à l’Exposition universelle de 1878 toujours à Paris, où la manufacture expose l’ensemble de son savoir-faire. Le succès n’est cependant plus au rendez-vous, ce qui obligera à mettre la manufacture en vente. Elle fut rachetée en 1892 par la faïencerie Keller & Guérin, son ancienne maison mère.

La manufacture de Lunéville

La manufacture, dirigée par les héritiers de J. Chambrette, fait face à de graves difficultés financières, notamment du fait des taxes d’exportation vers la France. Elle est mise en vente alors qu’il ne lui reste qu’une vingtaine d’ouvriers. Elle devient alors la propriété de Sébastien Keller en 1786 (qui sera la base de la future association Keller et Guérin -raison sociale à partir de 1812 dont la marque, K § G, mondialement connue, restera liée à la Manufacture Royale de Lunéville).

L’évolution technique

Dès 1787, Sébastien Keller acquiert les moulins dits “à plâtre” sur la Vezouze, qui préparent les matières premières. Les fours à bois sont ensuite remplacés par des fours à charbon en 1853.

La première machine à vapeur est installée en 1869. La production devient donc industrielle après 1870, bien que la manufacture soit occupée jusqu’en 1873 par les Allemands à la suite de la guerre de 1870, tout en conservant un atelier artistique auquel collabore le sculpteur et céramiste nancéien Ernest Bussière. En 1887, l’électricité fait son apparition à la manufacture

L’évolution sociale

Parallèlement à ces développements techniques, la manufacture développe une politique sociale d’avant-garde: outre une cité ouvrière, elle offre des soins préventifs, une société de secours mutuels et de retraite, une coopérative d’achats, etc. Cela n’empêchera pas le développement d’un fort mouvement syndical (à la suite de la Loi relative à la création des syndicats professionnels de 1884, dite loi Waldeck-Rousseau).

Expansions et fusions

1892 sera donc l’année de réunification des deux manufactures qui dominent alors le marché français sous l’égide de Keller & Guérin.

Dès 1922, Édouard Fenal, fils du fondateur de la faïencerie de Badonviller et futur maire de Lunéville -comme le fut son prédécesseur à la tête de la faïencerie, Edmond Keller-, acquiert les manufactures de Lunéville – Saint-Clément et relance la production artistique. Le groupe a ensuite fait une OPA en 1978 sur la faïencerie de Sarreguemines et continue à la fois la production spécifique de chaque style de faïence ainsi que la production artistique.

sur la faïencerie de Sarreguemines et continue à la fois la production spécifique de chaque style de faïence ainsi que la production artistique.

En 2006, Faïence et Cristal de France, propriétaires de la faïencerie de Niderviller, de la cristallerie de Vallérysthal et de la cristallerie de Portieux prennent également possession des faïenceries de Lunéville-Saint-Clément. Un nouveau groupe qui perpétue le savoir-faire des arts du feu lorrain est né : Terres d’Est.

Aujourd’hui, il fait partie du groupe Les Jolies Céramiques sans kaolin.

Extrait de Wikipédia

X