Faïencerie de Niderviller

Le siècle des lumières et de la noblesse

En 1735, Anne-Marie André, veuve Défontaine, dame de Niderviller, a l’idée de rentabiliser ses carrières et forêts en lançant une faïencerie. Ce nouveau métier se développe depuis quelques années, notamment en Lorraine (par exemple Pexonne en 1719 ou la faïencerie de Lunéville en 1730), du fait des ressources qui y abondent. Pour cela, elle fait appel à un maître faïencier de Badonviller, Mathias Lesprit.

Le bâtiment en grès rouge des Vosges destiné à accueillir la faïencerie (il abrite encore cette activité à ce jour) est édifié sur un terrain lui appartenant à la place d’un ancien moulin seigneurial. Les premières pièces étaient produites avec la technique du grand feu et s’inspiraient des décors de la Faïence de Rouen.

Cependant les affaires ne prospèrent pas ainsi qu’espéré, contraignant ses neveux à la vente à Jean-Louis Beyerlé, directeur de la monnaie à Strasbourg. Celui-ci achète la faïencerie le 4 septembre 1748 pour 90 000 livres.

Profitant de taxes plus basses liées à sa position dans les terres des Trois-évêchés (par rapport à l’Alsace et la Lorraine ducale voisines) et désirant rivaliser avec les plus prestigieuses manufactures, comme celle de la faïence de Strasbourg de C.F. Hannong -dont il imite les motifs floraux, il embauche des ouvriers et faïenciers de l’Alsace toute proche, dont François-Antoine Anstett formé à Meissen. Ce dernier deviendra directeur de la fabrique en 1759 après l’incendie qui ravage les bâtiments en 1751 et y introduit la technique du petit feu. Les bouquets de fleurs naturalistes qui sont peints à cette époque s’inspirent également de Jean-Baptiste Monnoyer, tandis que ceux dits chatironnés ont clairement une origine allemande. Niderviller est aussi un spécialiste du style Rocaille.

F.-A. Anstett est en effet un peintre, arcaniste et chimiste remarquable qui arrive en 1763 (dès 1759 selon d’autres sources, avec du kaolin de Passau (Autriche)) avec l’aide d’ouvriers venant de Saxe (Land) en Allemagne et de kaolin de la même provenance, il achètera un peu plus tard sa propre carrière à Saint-Yrieix-la-Perche, à produire une porcelaine dure polychrome. C’est peut-être ce qui pousse J.-L. Beyerlé à vendre car l’arrêt royal du 15 février 1766 réserve le privilège de ce type de production exclusivement à la manufacture de Sèvres et il fait donc l’objet de menaces de la part des intendants royaux pour cette infraction. Beyerlé fut aussi inquiété car son sculpteur Philippe Arnold (ancien de Frankenthal) avait trop bien imité certaines statuettes de la manufacture royale de Sèvres réalisées par Jean-Claude Duplessis, tandis que d’autres figurines s’inspiraient des modèles pastoraux ou galants chers à François Boucher2.

La manufacture est donc vendue en 1770 avec la seigneurie pour 400 000 livres à Adam Philippe de Custine. Celui-ci poursuit l’œuvre de son prédécesseur et garde jusqu’en 1778 le même directeur, qui lance à partir de 1772 la terre de pipe ou faïence fine avec des décors naturalistes de papillons et d’insectes. Il nomme ensuite Claude-François Lanfrey comme nouveau directeur. Sous sa férule, Niderviller engage Joseph Seeger comme chimiste et développe des paysages en trompe-l’œil au coin corné, souvent en camaïeu de pourpre sur fond faux bois, dont de nombreux signés J. Deutsch -qui partit ensuite travailler à la manufacture de Sèvres-, certainement apparenté à François-Joseph Deutsch.

En 1779, la faïencerie rachète une partie des moules de Paul-Louis Cyfflé et accueille son meilleur élève, Charles-Gabriel Sauvage dit Lemire (1741-1827). Ce dernier fit également de nombreuses statuettes rivalisant de délicatesse avec celles de Sèvres, mais aussi la série dite des cris de Paris d’un genre plus populaire.

À partir de 1780, Niderviller adopte le décor des porcelaines à l’or mat, dans un goût plus classique, dit Louis XVI. En 1782, un service en porcelaine polychrome est d’ailleurs offert par le comte de Custine à George Washington – le premier président des États-Unis – au Mount Vernon. Sous l’impulsion toujours de ce nouveau directeur, amené donc pour combler les pertes, la faïencerie se lance dans le “cailloutage” à l’anglaise à partir de 1788. La manufacture compte alors environ deux cents ouvriers.

Cependant, de Custine est guillotiné en 1793 avec son fils et la faïencerie devient un Bien national. La cinquantaine d’ouvriers qui y travaillaient sont embauchés par le porcelainier Dihl à Paris, du fait de la fermeture temporaire de la manufacture.

XIXe siècle: la révolution industrielle

La manufacture sera finalement vendue en 1802 à son directeur, François Lanfrey le 25 germinal an X. Un bouquet de fleurs en porcelaine réalisé à cette époque, une spécialité de Niderviller, comme elle avait été offerte à la jeune épouse du comte de Custine est adjugé en 2015 pour 21 250  par Christie’s à Paris.

En 1810, un dépôt est ouvert à Paris au 4, de la Rue de la Grange-Batelière.

Pendant la première partie du XIXe, Niderviller continue donc à produire les statuettes qui ont fait sa gloire, répertoriées dans un livre des formes . C’est ainsi qu’en 1819, son jugement de Pâris est distingué dans l’exposition consacrée aux produits de l’industrie au musée du Louvre.

Cependant, à la mort de Lanfrey en 1827, la manufacture est cédée le 25 novembre à Louis-Guillaume Dryander de Sarrebrück, ancien associé de Boch à Mettlach qui abandonnera bientôt la porcelaine, du fait de la trop forte concurrence de Limoges. Il lancera par contre une faïence feldspathique qui permit de faire une vaisselle utilitaire de qualité.

L’entreprise, alors en territoire Allemand, est transformée en société par actions en 1886.

XXe siècle: entre expansion & décadence

Stand du groupe faïenceries de Niderviller à la foire de Lyon en 1948.

Une filiale est créée en 1906 à Möhlin dans le District de Rheinfelden (Suisse) sous la dénomination, à l’origine, Niederweiler Steingut Fabrik A.G. (Niederweiler étant la graphie allemande de Niderviller) puis Faïencerie de Moehlin. Louis Dryander y développe à partir de 1937 un atelier d’art. L’usine ferme en 1956.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, une partie de la famille Dryander se réfugie à Pornic. L’endroit leur ayant plu, une succursale y est créée en 1947 sous la dénomination Manufacture Bretonne de Faïences Artistiques à qui Niderviller fournira le biscuit. La MBFA suivra le sort de la maison mère – achetée en 1963 par la banque Worms – puis vendue à Sitram, avant d’être reprise elle-même en Société coopérative et participative (SCOP) en 1987 et d’être, elle aussi, mise en redressement judiciaire en 1993. La faïencerie restera entièrement dans la famille Dryander jusqu’en 1948. La société sera ensuite rachetée progressivement par la banque Worms jusqu’en 1963, puis par la société SITRAM en 1981, à la suite de sa nationalisation.

Une faïencerie est aussi ouverte en Algérie (la MNAF, Manufacture Nord Africaine de Fayence, à Oran) en 1946, toujours sous l’impulsion de Louis Dryander, et deux autres faïenceries rachetées (usines de Saint-Amand (Pas-de-Calais) et Sainte-Radegonde-en-Touraine) qui seront respectivement fermées en 1984 et 1986.

La maison mère, aux prises avec de sérieuses difficultés, est reprise par une SCOP en 1987.

Aujourd’hui, dans les ventes aux enchères, les statuettes ou une assiette du XVIIIe siècle, partiront pour quelques milliers d’euros.

?Extrait de Wikipédia

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